LA CGT SAINT GOBAIN BATIMENT C EST :

Bienvenue dans le blog des syndicats d'entreprise CGT SAINT-GOBAIN DISTRIBUTION qui regroupe les enseignes suivantes :

POINT P, distribution négoces généralistes et services aux entreprises de Travaux Publics
LAPEYRE, réseau de distribution destiné aux particuliers et aux professionnels
DSC CEDEO, enseigne spécialisée en sanitaire, chauffage et climatisation
Envie de salle de bain, enseigne grand public spécialiste de la salle de bains
CDL Elec, enseigne spécialisée en matériel électrique, chauffage, éclairage, domotique
ASTURIENNE, enseigne spécialisée dans la distribution de produits de couverture
PUM PLASTIQUE, distribution de produits et solutions plastiques
SFIC, enseigne spécialisée dans l’aménagement intérieur
La Plate Forme du Bâtiment, enseigne exclusivement aux professionnels, toutes spécialités
DISPANO, distribution de bois, panneaux, menuiseries
DECOCERAM, enseigne spécialisée dans le carrelage

Le temps de la mobilisation et des propositions d'amélioration de nos conditions de travail et de rémunération est venue
Ce n'est que tous ensemble que nous y arriverons !
La C.G.T est le syndicat qui défendra vos intérêts et vos revendications sans craindre la direction.
Les seules batailles perdues d'avance sont celles que l'on ne mènent pas !

Le syndicalisme fait partie du patrimoine vivant de l’humanité et de la démocratie. Fait social devenu universel, il a d’abord émergé en Europe avec la révolution industrielle, et y est resté depuis profondément enraciné.

L’histoire plus que séculaire de la CGT s’inscrit dans cet ensemble. Née de la volonté des salariés de s’organiser collectivement et durablement pour défendre leurs intérêts face à l’oppression et à l’exploitation, pour conquérir des droits et les faire valoir, pour imaginer un monde plus juste et proposer des voies pour y parvenir, sont le coeur de son action syndicale.

Bâtie selon deux dimensions professionnelles et géographiques, la CGT s’est forgée et constituée au fil de l’histoire autour d’une conception de solidarité entre les salariés qui combine l’ancrage à l’entreprise et à son environnement territorial.

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture... »
(Paul Lafargue)

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jeudi 16 juillet 2026

La France publie son premier bilan annuel des impacts du changement climatique

Le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature publie aujourd'hui le premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France.

Réalisé par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), ce rapport répond à une recommandation du Haut Conseil pour le climat. Il dresse un état des lieux inédit des conséquences déjà observables du dérèglement climatique sur notre territoire et a vocation à être actualisé chaque année afin de suivre l'évolution des impacts et d'éclairer les politiques publiques.

L'année 2025 illustre l'accélération du changement climatique en France : quatrième année la plus chaude jamais enregistrée, deux vagues de chaleur majeures ayant concerné 80 % de la population, 78 départements soumis à des restrictions d'usage de l'eau, plus de 30 500 hectares brûlés par les feux de forêt et un coût des événements naturels estimé à 5,2 milliards d'euros. Les événements observés en 2025 le montrent : nous devons poursuivre nos efforts de réductions des émissions de gaz à effet de serre. C’est le sens de la Stratégue nationale bas-carbone, qui fixe la trajectoire de la France vers la neutralité carbone en 2050. 

À travers ce rapport, le ministère rappelle donc que l'adaptation est désormais un impératif complémentaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce travail s'inscrit dans la mise en œuvre du troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC 3) et sera prolongé par la mise en ligne, d'ici fin 2026, d'un portail national des impacts du changement climatique. Télécharger ici le rapport

 : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/09072026_bilanimpactschangementclimatique.pdf



jeudi 14 mai 2026

IA : la révolution qui va détruire des millions d'emplois en France d'ici 2030

L'Intelligence Artificielle Générale n'est plus une fiction de laboratoire. Plusieurs des plus grands noms de la tech affirment qu'elle est déjà là, ou qu'elle arrive dans les mois qui viennent. Et une étude française vient de chiffrer ce que ça signifie concrètement : cinq millions d'emplois menacés en France d'ici cinq ans. Cols blancs, ingénieurs, juristes, graphistes, développeurs : personne ou presque n'est épargné. C'est peut-être le bouleversement le plus profond depuis la révolution industrielle. Et ça commence maintenant.

Vous vous souvenez de l'arrivée d'internet ? Au début, c'était un outil pour quelques geeks. Puis, en quelques années, ça a tout changé : la façon dont on s'informe, dont on consomme, dont on travaille, dont on se parle. Ce qui arrive avec l'intelligence artificielle, c'est la même chose. En plus rapide. En plus massif. Et en plus profond.

Ce n'est pas une promesse de chercheurs en blouse blanche. Ce sont des chiffres concrets, des témoignages de travailleurs qui vivent déjà cette transformation, et des alertes venues des plus hauts niveaux de la tech mondiale.

Une machine qui sait tout faire : pourquoi c'est différent de tout ce qu'on a connu ?

Jusqu'ici, une intelligence artificielle était comme un très bon outil spécialisé. Un algorithme pour recommander des films, un autre pour détecter des fraudes bancaires, un autre pour jouer aux échecs. Chacun dans son couloir, chacun inutile en dehors de sa tâche.

Ce qui est en train d'arriver, c'est différent. On parle désormais d'une IA capable de faire à peu près tout ce qu'un humain peut faire intellectuellement : rédiger un rapport, diagnostiquer une maladie, plaider un dossier juridique, écrire du code informatique, enseigner, traduire, concevoir. Le tout avec un niveau d'expertise équivalent ou supérieur à celui d'un professionnel humain, et des milliers de fois plus vite.

Les chercheurs appellent ça l'Intelligence Artificielle Générale, ou IAG (AGI en anglais). Et plusieurs grandes voix affirment aujourd'hui qu'on y est, ou qu'on en est très proches. Le 24 mars 2026, Jensen Huang, le patron de Nvidia, l'entreprise qui fabrique les puces qui font tourner toute l'IA mondiale, l'a dit clairement lors d'un podcast : "nous avons atteint l'IAG". Mark Gubrud, le chercheur qui a inventé ce terme en 1997, lui a donné raison sur les réseaux sociaux.

Tout le monde n'est pas d'accord. D'autres experts situent ce moment entre 2027 et 2028. Mais cette dispute sur la date exacte ne change pas grand-chose à ce qui compte vraiment : les effets concrets sont déjà là, maintenant, dans les entreprises françaises.

Un emploi sur six menacé en France d'ici cinq ans

C'est le chiffre central d'une étude publiée en mars 2026 par la Coface, un grand organisme d'assurance économique, en collaboration avec l'Observatoire des emplois menacés et émergents. Leur conclusion : près de cinq millions d'emplois en France sont menacés d'ici deux à cinq ans à cause de l'IA. Un emploi sur six.

Mais attention : ce ne sont pas les emplois qu'on aurait imaginés. L'IA ne s'attaque pas aux maçons, aux agriculteurs ou aux cuisiniers. Ces métiers restent relativement protégés. Ce sont les cols blancs qui sont dans le viseur : les informaticiens, les ingénieurs, les juristes, les comptables, les traducteurs, les graphistes, les communicants. Tous ceux dont le travail consiste à manipuler de l'information, à rédiger, à analyser, à coder.

Dans l'informatique, près d'un emploi sur trois pourrait disparaître. Dans l'architecture et l'ingénierie, plus d'un sur quatre. Dans les métiers juridiques, plus d'un sur cinq. Et même dans les arts, le design et les médias, le niveau d'exposition dépasse les 23 %.

Ce qui rend cette vague particulièrement inédite, c'est qu'elle frappe en haut de l'échelle. Les révolutions technologiques précédentes avaient surtout détruit des emplois peu qualifiés. Internet et la robotisation avaient épargné, voire favorisé, les plus diplômés. Là, c'est l'inverse : selon l'étude Coface, les 10 % des Français les mieux payés sont exposés à hauteur de 22 %.

Des vies qui changent déjà aujourd'hui

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Derrière, il y a des histoires vraies. Une traductrice indépendante a vu son chiffre d'affaires baisser d'un tiers entre 2023 et 2025. Ses clients ne lui confient plus de textes entiers à traduire : ils lui demandent de corriger ce que l'IA a déjà produit, pour un tarif bien inférieur. Une graphiste spécialisée dans la communication d'entreprise témoignait fin 2025 avoir perdu ses clients en l'espace d'une année, depuis que ChatGPT leur permet de créer eux-mêmes leurs contenus en quelques minutes. Un avocat reconnaît que l'IA remplace désormais le travail qu'un stagiaire aurait fait, et s'interroge sur ce que cela signifie pour la formation des jeunes juristes.

Du côté des entreprises, le mouvement est déjà enclenché. Le patron d'une start-up française de commerce en ligne a annoncé avoir arrêté de recruter des développeurs : les outils d'IA lui permettent de faire autant avec les équipes en place. En octobre 2025 aux États-Unis, plus de 30 000 licenciements ont été officiellement justifiés par le recours à l'IA en un seul mois.

Pour les étudiants en informatique qui cherchent des stages ou des alternances, le marché se resserre. Les petites tâches sur lesquelles on apprenait le métier sont précisément celles que l'IA fait le mieux et le plus vite.

Une révolution aussi grande que l'imprimerie ou la machine à vapeur

Pour comprendre le tsunami qui arrive, il faut remonter bien loin dans l'histoire. Quand Gutenberg a inventé l'imprimerie au XVème siècle, il a rendu le savoir accessible à des millions de gens qui n'y avaient pas accès. Il a bouleversé l'Église, la politique, l'éducation, le commerce. Des métiers entiers ont disparu. D'autres sont apparus. La société a mis un siècle à s'adapter.

Quand la machine à vapeur a déclenché la révolution industrielle au XVIIIème siècle, elle a vidé les campagnes, rempli les villes, transformé le travail, créé la classe ouvrière et inventé le capitalisme moderne. Des dizaines de métiers ont été balayés. Des millions de vies bouleversées.

L'IA, c'est la même chose. Sauf que la vitesse est sans commune mesure. L'invention de Gutenberg a mis des décennies à se diffuser. L'IA générative a conquis 100 millions d'utilisateurs en deux mois. Ce qui prenait des siècles prend désormais des années, parfois quelques mois.

L'économiste Axelle Arquié, qui a coordonné l'étude Coface, fait une comparaison plus récente mais tout aussi parlante : la désindustrialisation des années 1980. En quelques années, les usines françaises se sont vidées. Des régions entières ont été sinistrées. La transition a laissé des générations sur le carreau. Elle prévient qu'un choc de même ampleur pourrait toucher cette fois les bureaux, les cabinets, les agences, les services.

Ce que ça peut changer en bien, aussi

L'honnêteté commande de dire que cette révolution n'apporte pas que des menaces. Elle ouvre aussi des possibilités énormes.

Dans les hôpitaux, où près de la moitié des emplois sont aujourd'hui des postes administratifs, l'IA pourrait libérer du temps et de l'argent au profit des soins. Elle pourrait accélérer la recherche médicale, permettre des diagnostics plus rapides et plus précis, accompagner les personnes âgées.

Dans l'éducation, elle pourrait offrir à chaque élève un accompagnement personnalisé, adapté à son rythme et à ses difficultés, sans que cela dépende du code postal de ses parents ou de leur capacité à payer des cours particuliers.

Pour ceux qui ont su s'en emparer, l'IA est déjà un multiplicateur de productivité spectaculaire. Certains développeurs estiment travailler deux à trois fois plus vite qu'avant. Des médecins, des avocats, des chercheurs témoignent gagner des heures chaque semaine sur des tâches fastidieuses.

Le vrai enjeu, c'est de savoir qui profitera de ces gains. Stephen Hawking l'avait dit simplement : "si les richesses créées par les machines sont redistribuées, tout le monde peut en bénéficier. Si elles restent dans les mains de ceux qui possèdent les machines, la majorité des gens s'appauvrira".

Ce qu'on attend des politiques, et vite

Face à l'ampleur du défi, des chercheurs et des économistes tirent le signal d'alarme : les responsables politiques doivent se saisir du sujet maintenant, pas dans cinq ans quand le choc sera déjà là.

L'étude Coface soulève un point concret et peu discuté : en supprimant des emplois bien rémunérés, l'IA va réduire les cotisations sociales perçues par l'État, tout en augmentant le nombre de demandeurs d'emploi à indemniser. Un effet de ciseau budgétaire qui pourrait fragiliser toute notre protection sociale au moment où elle serait le plus nécessaire.

Le gouvernement français a lancé en 2025 un plan de formation à l'IA pour 15 millions de professionnels d'ici 2030. C'est un début, mais les chercheurs insistent : former les gens à utiliser un outil ne suffit pas. Il faut aussi décider collectivement, avec les syndicats et les représentants des travailleurs, comment les gains de productivité vont être partagés, et qui va accompagner ceux que la transition laissera de côté.

Car même dans le meilleur des scénarios, celui où de nouveaux emplois émergent pour remplacer ceux qui disparaissent, la transition ne se fera pas sans peine. C'est ce la désindustrialisation nous a appris : même quand l'économie s'en sort, il y a toujours des gens qui n'y survivent pas professionnellement.

Ce que vous pouvez faire, dès maintenant, pour anticipe

Sans attendre que les politiques agissent, il est possible de se préparer. Les métiers qui résistent le mieux à l'IA sont ceux qui combinent des compétences techniques avec du relationnel, du jugement humain, de la créativité non reproductible ou une présence physique indispensable. Apprendre à utiliser l'IA comme un outil, plutôt que de l'ignorer, est probablement la meilleure protection à court terme.

Ce qui est certain, c'est qu'attendre de voir n'est plus une option raisonnable. La transformation est là. Elle s'accélère. Et elle ne demande pas la permission.

The Vox



mardi 10 mars 2026

Accord sur les ruptures conventionnelles: le gouvernement satisfait, la CGT remontée

Le gouvernement a salué jeudi le "sens des responsabilités" des partenaires sociaux après l'accord trouvé mercredi soir sur les ruptures conventionnelles, mettant en avant des économies "solides", la CGT, qui s'y oppose, dénonçant pour sa part des efforts pesant uniquement sur les salariés.
"Le dialogue social fonctionne quand on lui laisse du temps", a réagi le Premier ministre Sébastien Lecornu sur X après l'accord conclu entre les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) et deux syndicats, la CFDT et la CFTC.
FO réserve encore sa réponse tandis que la CGT et la CFE-CGC ont indiqué qu'elles ne signeraient pas.

"Le dialogue social, ça marche (...) et ça prouve que les organisations, qu'elles soient sociales ou patronales, ont le sens des responsabilités", a abondé le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur Francetvinfo. Avec l'accord trouvé mercredi soir, les salariés qui perdront leur emploi après un accord amiable avec leur employeur verront leur durée maximale d'indemnisation réduite de 18 à 15 mois s'ils ont moins de 55 ans, et à 20,5 mois à partir de cet âge contre 22,5 mois aujourd'hui pour les 55-56 ans, et 27 mois pour les 57 et plus.

Pour pouvoir entrer en vigueur, le projet d'avenant à la convention chômage doit encore être avalisé par les instances de ces organisations, au plus tard le 23 mars, puis transposé par voie législative.
Les économies estimées sont de l'ordre de "500 millions d'euros par an en moyenne, soit près d’1 milliard d’euros en régime de croisière", a indiqué Sébastien Lecornu, saluant des "économies solides" et des "effets réels sur l’emploi."

Pour Jean-Pierre Farandou, "les partenaires sociaux ont rempli pleinement la feuille de route qu'on leur avait proposée puisqu'ils sont même au-delà de l'économie qu'on avait demandée", qui s'élevait à au moins 400 millions d'euros par an.

Dans un communiqué, la CGT a dénoncé un accord qui "fait reposer les économies uniquement sur les salariés ayant connu une rupture conventionnelle et se retrouvant au chômage", sans nouvelle contribution patronale.

"Ce sera la double peine: perte d'emploi, la plupart du temps un licenciement déguisé, et baisse de la durée des droits", estime le syndicat.
"Comme (cet accord) nécessite des évolutions législatives, nous allons fermement discuter avec les parlementaires, hors extrême droite, pour éviter des baisses de droits", a souligné mercredi soir le négociateur de la CGT, Denis Gravouil.

Dans un communiqué, les trois organisations patronales ont, elles, dit réaffirmer à travers ce projet d'accord "leur attachement au pilotage paritaire de l’Unédic", qui gère le régime d'assurance chômage. Elles soulignent qu'il "s'inscrit dans un contexte financier dégradé pour l'Unédic, avec près de 61 milliards d’euros d'endettement en 2026".

Au-delà de la mesure de raccourcissement de la durée maximale d'indemnisation post-rupture conventionnelle, le projet d'accord demande que l'Etat "cesse tout prélèvement financier sur le régime d'assurance chômage" et que le supplément de contribution des entreprises sur les ruptures conventionnelles, intégré dans le budget 2026, soit affecté à l'Unédic.
AFP


vendredi 27 février 2026

IA au travail : les RH face au risque de perte de compétences

Au-delà du spectre de la destruction d'emplois, l'intelligence artificielle pose un enjeu plus subtil aux DRH : l'affaiblissement progressif des compétences. Entre IA d'assistance et IA pédagogique, les choix stratégiques détermineront l'employabilité des collaborateurs. Analyse.


« L'intelligence artificielle va-t-elle nous remplacer ? » Cette question obsède les débats publics depuis l'arrivée de ChatGPT. Mais un autre phénomène se dessine : non pas la disparition des métiers, mais leur transformation silencieuse. Et avec elle, un risque majeur : celui du désapprentissage. « Le terme peut sembler abusif, mais le risque existe bel et bien si l'intelligence artificielle générative est utilisée sans recul », prévient Marion Picart, responsable RH chez PeopleSpheres. Chez cet éditeur de solutions RH, l'IA redéfinit progressivement les contours des métiers. « Plus nos clients gagnent en autonomie, plus la valeur ajoutée de nos collaborateurs se déplace vers des missions à plus forte valeur ajoutée », observe-t-elle.

Quand l'assistance devient béquille cognitive

Ce déplacement de la valeur n'est pas sans conséquences. « On observe aujourd'hui un double mouvement », analyse Nicolas Bourgerie, président de Teach Up, spécialiste de l'IA pédagogique. D'un côté, les entreprises accélèrent leur transformation digitale et la mutation de leurs métiers tandis que, de l'autre, les clients deviennent plus autonomes et mieux informés, réduisant leurs contacts avec les chargés de clientèle.

Si l'IA générative permet d'accélérer le travail, elle ne résout pas la question de l'apprentissage durable. « On n'observe pas tant une érosion des compétences qu'une évolution rapide et les collaborateurs disposent de plus ou moins de temps pour apprendre », précise-t-il. Le problème est identifié : quand l'IA fait à la place de l'utilisateur, elle transforme une assistance ponctuelle en béquille cognitive permanente. « Au niveau de l'innovation produits, les évolutions sont si rapides que les équipes doivent constamment former les collaborateurs », poursuit Nicolas Bourgerie. L'enjeu est donc d'identifier, capter et diffuser efficacement les savoir-faire dans cette accélération constante de la formation.

IA d'assistance vs IA pédagogique : deux philosophies opposées

« L'IA pédagogique se distingue radicalement de l'IA générative par son objectif : elle aide à s'autonomiser et à développer des compétences, plutôt que de produire à la place de l'utilisateur », explique Nicolas Bourgerie. Cette différence n'est pas qu'un détail technique, elle repose sur une approche fondamentalement différente de l'apprentissage. Les IA pédagogiques s'appuient sur les acquis des sciences cognitives et intègrent la compréhension de comment le cerveau apprend : par l'entraînement sur des exercices complexes, avec un feedback personnalisé et des parcours adaptés à chaque collaborateur.

Concrètement, ces solutions mettent les collaborateurs en situation. « Par exemple, elles peuvent proposer des coachs virtuels qui simulent des clients fictifs, illustre le président de Teach Up. On entraîne ainsi un vendeur à bien répondre à des questions spécifiques, à maîtriser une compétence ciblée et nécessaire à son métier. » Dans le secteur bancaire, où les collaborateurs sont de moins en moins présents en agence, il est essentiel de les aider à recréer de la valeur supplémentaire et « à leur redonner du pouvoir avec les compétences clés nécessaires pour le contact client ».

PeopleSpheres a déployé une solution d'IA connue mais entièrement personnalisée selon ses besoins spécifiques. Cette plateforme interne centralise désormais l'ensemble de la formation. Dès leur arrivée, les nouveaux collaborateurs peuvent acquérir les savoir-faire métiers via cette plateforme. « La formation devient collaborative », précise Marion Picart.

Les soft skills, bastion de l'humain

Selon le président de Teach Up, « les innovations, notamment dans la formation, bougent très vite, mais il est un domaine dans lequel la formation en présentiel est déterminante : celui des softs skills. » « Les compétences relationnelles, celles liées à la gestion des conflits, sont enseignées en interne par nos propres collaborateurs : coachs, managers ou experts métiers », ajoute Marion Picart. Sur demande des collaborateurs, l'entreprise va d’ailleurs proposer des formations en anglais via l'intelligence artificielle. Soft skills et savoir-être échappent encore au périmètre de l'IA...

Les RH au coeur du réacteur

Ce basculement vers l'IA pédagogique suppose une profonde transformation du rôle des DRH. « La direction des ressources humaines a tout intérêt à saisir l'opportunité de l'IA pédagogique à travers des solutions technologiques pertinentes », insiste Nicolas Bourgerie. Mais cela suppose une démarche structurée. « Il s'agit d'identifier la base métier de l'entreprise, de se connecter aux différents métiers et d'identifier les compétences qui la rendent unique. Ensuite, il faut animer des communautés d'apprentissage et donner envie d'apprendre. La fonction RH doit savoir capter les connaissances et mettre à disposition des solutions permettant aux collaborateurs d'apprendre de façon autonome les éléments clés de différenciation de l'entreprise. » Chez PeopleSpheres, la solution d'intelligence artificielle a été demandée conjointement par les collaborateurs et le CSE. « La mise en application a donc été relativement simple et claire, sans aucun refus », se félicite Marion Picart.

Un cadre éthique et juridique indispensable

Mais déployer l'IA pédagogique ne s'improvise pas. « Il est indispensable d'adresser l'usage de ces intelligences artificielles car elles utilisent des données personnelles, alerte Nicolas Bourgerie. Il faut utiliser ces IA pédagogiques de façon transparente. Elles donnent accès à la manière dont les gens apprennent, mais elles ne doivent pas permettre d'évaluer les personnes ni d'influer sur leur carrière. Cette IA est là pour former, non pour évaluer. »

PeopleSpheres a ainsi élaboré une charte spécifique. « Deux collaborateurs ont été dédiés à ce travail afin de sécuriser à la fois l'employeur et les salariés », confie Marion Picart. Cette charte encadre l'utilisation et la gestion des données, mais elle vise aussi à « poser des garde-fous et à maintenir un usage confidentiel de la formation. »

Vers l'autonomie capacitante

« Plus que jamais, l'entreprise doit investir dans sa particularité, sa singularité, conclut Marion Picart. Elle doit la capter pour conserver son savoir-faire et savoir le transmettre. L'enjeu n'est pas de remplacer l'humain par la machine, mais de créer les conditions d'un apprentissage continu, autonome et ancré dans les spécificités de chaque organisation. »

Le vrai risque de l'IA n'est donc pas celui qu'on croyait. Il s'agit de s'assurer que l'humain, armé de la machine, reste capable d'apprendre, de s'adapter et de créer de la valeur.

Focus RH



lundi 2 février 2026

L'IA au service du patronat

Les progrès techniques en matière d’intelligence artificielle offrent de nouveaux outils aux employeurs pour surveiller leurs salarié·es, au détriment de leur santé et de leurs conditions de travail.


L’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée par les employeurs pour surveiller leurs salarié·es

C’est notamment le cas dans les centres d’appels, où des algorithmes étudient les appels de tou·tes les salarié·es et rapportent les écarts à la hiérarchie.

Un récent article d’Alternatives économiques cite les exemples de TP (ex-Teleperformance) et Concentrix. Dans ces entreprises, la CGT dénonce des atteintes à la santé et à la sécurité des salarié·es à la suite de la mise en place d’un logiciel de surveillance par l’employeur.

Explosion des risques psychosociaux

Le périmètre de ces logiciels est opaque. Les salarié·es n’ont aucune certitude sur les éléments analysés par l’application : quels sont les mots surveillés ? Quelles attitudes sont sanctionnées ? D’autant que le développement de l’IA permet d’aller très loin dans le contrôle : stress, prononciation, hésitations, émotions… Désormais, le moindre détail peut être épluché par la machine.

Les conséquences néfastes de ce nouveau mode de surveillance sont nombreuses : augmentation des contraintesdépersonnalisation de la relation managériale, augmentation du stress, augmentation du nombre de sanctions (parfois sur la base de prétextes)…

On ne peut pas faire ce qu’on veut avec l’IA

Il existe de nombreux garde-fous sur l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ainsi l’article 5 de la loi européenne sur l’intelligence artificielle interdit, entre autres, l’utilisation de systèmes d’IA :

  • « pour l’évaluation ou la classification de personnes physiques […] en fonction de leur comportement social […], la note sociale conduisant [à un] traitement préjudiciable ou défavorable […] injustifié ou disproportionné par rapport à leur comportement social » (art. 5, 1.c) ;
  • « pour inférer les émotions d’une personne physique sur le lieu de travail » (art. 5, 1.f).

Bien entendu, les employeurs prétendent ne pas utiliser ces systèmes à des fins de notation ou de contrôle, mais « pour améliorer la qualité de service »

Dans tous les cas, ils sont bien souvent en dehors des clous : l’utilisation de systèmes d’IA doit donner lieu à une consultation du CSE – comme pour toute introduction de nouvelle technologie (art. L. 2312-8 4° du Code du travail), faute de quoi le CSE peut saisir le tribunal judiciaire pour contraindre l’employeur à le consulter.

L’employeur ne peut mettre en place le projet avant que le CSE n’ait rendu un avis, et le refus par l’employeur de consulter le CSE constitue un délit d’entrave, passible de 7 500 euros d’amende.

Chaque salarié·e doit également être informé·e de l’utilisation de ses données personnelles par un système d’IA, comme le précise l’article 13 du RGPD, et « aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas préalablement porté à sa connaissance » (art. L. 1222-4 du Code du travail).

Enfin, les salarié·es doivent être informé·es des « méthodes et techniques d’évaluation professionnelles mises en œuvre à [leur] égard » (art. L. 1222-3 du Code du travail), et si l’employeur envisage de prendre une décision fondée exclusivement sur le traitement automatisé, il doit obtenir au préalable le consentement explicite de la personne concernée – sans cela, la décision pourrait être illicite (article 22 du RGPD).

mercredi 10 décembre 2025

Saint-Gobain : annulation de 4,2 millions d'actions

Saint-Gobain annonce avoir procédé en date du 3 décembre 2025 à l’annulation de 4 243 098 actions autodétenues achetées sur le marché. A l’issue de cette opération, le nombre total d'actions composant le capital s'élève à 495 millions d’actions et le nombre de titres en circulation à 493 millions d’actions contre 497 millions à fin décembre 2024. Un montant de 402 millions d’euros a été alloué par le groupe au rachat de ses propres actions en 2025 (nets des opérations liées à l’actionnariat salarié).

BoursierDirect



jeudi 26 juin 2025

Le droit à la santé et l’accès aux soins une revendication majeure.

Le droit à la protection de la santé est un objectif à valeur constitutionnelle qui découle du Préambule de la Constitution de 1946. L’alinéa 11 du Préambule de la Constitution de 1946 prévoit que « [La Nation] garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. 

Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. » La Sécurité sociale mise en œuvre par l’ordonnance du 4 octobre 1945 est « la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes ». Elle repose sur le principe de solidarité garantissant à chacun une protection financière contre les aléas de la vie. " L’UCR a décidé, avec les USR et UFR, d’engager une campagne sur le droit à la santé et l’accès aux soins pour toutes et tous les retraité·es. " Les dépassements d’honoraires scandaleux, le doublement des franchises médicales, le manque de médecins, la fermeture de services hospitaliers et de lits, conséquences d’années d’austérité budgétaires et de libéralisation des services publics, accentuent les difficultés d’accès aux soins. 

Difficultés encore plus importantes pour les retraité-es avec la mise en œuvre de priorité en fonction de l’âge (contraire à l’éthique des personnels de santé), le refus de prise en charge de certaines mesures de prévention passé 74 ans auxquels s’ajoute le niveau des restes à charge. Ce sont 1,6 millions de personnes qui ne se soignent pas et 700 000 retraité·es qui n’ont pas de mutuelle. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont fait le choix de politiques publiques basées sur la baisse du coût du travail, la rentabilité, la réduction des dépenses publiques et l’introduction d’une logique de marchandisation de la santé. Celles-ci visent à rendre les citoyen·nes dont les retraité·es responsables de leur santé comme si elle était un bien de consommation. 

La santé publique, les citoyen·nes et plus particulièrement les retraité·es sont en danger ! Il y a urgence à revenir sur une structure de recettes de la Sécurité sociale assise sur les cotisations sociales. Les multiples exonérations de cotisations sociales au niveau des entreprises ont permis de soutirer 

vendredi 13 juin 2025

Saint-Gobain et l'IA

Le distributeur de matériaux de construction a testé un moteur de recherche dopé à l'IA sur son site principal, celui de Point P. Avec des gains en termes de chiffre d'affaires dès le premier mois.

Premier distributeur de matériaux de construction en France, avec 2 000 agences sur tout le territoire sous des enseignes comme Point P, Cedeo ou la Plateforme du bâtiment, Saint-Gobain Distribution Bâtiment France (SGDBF) possède également de nombreux canaux de e-commerce, avec pas moins de 11 sites et 8 apps. Des ventes en ligne qui pèsent jusqu'à 20% du chiffre d'affaires de certaines enseignes. « 30% des usages sur ces canaux numériques sont liés à la recherche, sur laquelle nous rencontrons pas mal de problématiques sémantiques, souligne Laurence Beauregard, la responsable de la transformation par l'IA de SGDBF. Par ailleurs, le moteur existant, à base de règles, était lent et complexe et fournissait des résultats peu satisfaisants. Les recherches sans résultat atteignant jusqu'à 25%. » Enrichi de multiples surcouches, l'outil était qui plus est très dépendant des équipes technologiques pour toute évolution.


C'est ce constat qui pousse le distributeur, employant 22 000 personnes, à lancer un projet de modernisation de cet outil central sur ses canaux numériques. « Nous avons adopté d'emblée une démarche très data-driven, basée sur des métriques bien définies », assure Laurence Beauregard, qui a détaillé le projet lors du Google Summit de Paris, le 22 mai. Aux attentes d'efficacité, le distributeur ajoute des impératifs d'évolutivité, de stabilité et de prise en main des paramétrages directement par les métiers. Pour évaluer les résultats de la nouvelle solution - Google Search for commerce -, SGDBF choisit de mener des tests sur son plus gros site, Point P, en basculant jusqu'à 50% du trafic sur le nouveau moteur.

Des recherches sans résultat divisées par 2

Search for commerce - qui intègre l'intelligence artificielle, dont une interface conversationnelle permettant de guider les recherches et l'exploitation des actions des utilisateurs pour en décrypter les intentions - est déployé en 6 semaines sur le site de Point P, « avec un impact sur le chiffre d'affaires rapide et mesuré », souligne David Guédé, de Converteo, le prestataire qui accompagné SGDBF sur ce projet. Le tout avec des performances satisfaisantes - l'API répondant en moins de 200 ms - et une autonomie des métiers sur certaines actions, comme la mise en avant de produits. « Surtout, l'outil recommande désormais uniquement des produits adaptés et disponibles », souligne l'expert.

Pour Laurence Beauregard, toute une batterie d'indicateurs témoigne de ce saut qualitatif dans les résultats de recherche. Le ressenti des utilisateurs, mesuré par sondage sur le site suite à une recherche, tout d'abord. Il a progressé de 12%. « Et nous continuons de le mesurer car la solution poursuit sa phase d'apprentissage », précise-t-elle. La division par deux des recherches sans résultat, ensuite. La progression de 30% des ajouts au panier depuis les résultats de la recherche, encore. Enfin et surtout, le gain de 315 000 euros sur la seule phase d'A/B tests d'un mois, mesurée uniquement sur la moitié du trafic d'un seul site.

La GenAI pour améliorer les fiches produits

Sur la base de ces premiers résultats, SGDBF a entamé la phase de généralisation du nouveau moteur sur tous ses sites et applications. « La rapidité de déploiement a impressionné pas mal de monde en interne. La solution est générique, mais se nourrit de la navigation sur un site donné, via un apprentissage sur le comportement de ses utilisateurs. Et l'outil comprend leurs intentions quel que soit leur parcours de recherche, assure Laurence Beauregard. Par ailleurs, l'interface reste accessible aux différents métiers, alors que nous avons notamment des activités de négoce et des offres régionales. »

La solution devrait également évoluer dans le temps, la responsable indiquant travailler sur la recherche guidée et l'interface vocale, « un point important pour les artisans ». Le distributeur de matériaux s'intéresse également à la GenAI pour améliorer la description de ses produits, ce qui permettrait d'améliorer la pertinence des filtres aidant à affiner les résultats de recherche.

Le monde informatique

mardi 13 mai 2025

Petite histoire du 1er mai

Confiné.es, privé.es de manifestation, mais pas bâillonné.es ! La CGT propose de s’exprimer sur les réseaux sociaux afin de faire connaître les revendications pour la reprise du travail après confinement et les exigences pour l’après COVID 19 qui ne peuvent s’imaginer qu’avec une rupture avec le libéralisme. Nous publions une petite histoire du 1er mai et de ses manifestations. Des journées au départ de beaucoup d’avancées sociales.

1884 : Congrès de l’American Federation of Labor

Au IVème congrès de l'American Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis s'étaient donné deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action un 1er mai parce que beaucoup d'entreprises américaines entamaient, ce jour-là, leur année comptable.

Arrive le 1er mai 1886. Un grand nombre de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction de leur employeur (près de 200 000 travailleurs). Mais d'autres, moins chanceux, au nombre d'environ 340 000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.

Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C'est alors qu'une bombe explose devant les forces de l'ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.

Trois syndicalistes anarchistes sont jugés et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines (ils seront réhabilités plusieurs années après). 

Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l'un des condamnés, Augustin Spies : « le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui ».

Manifester pour la journée de 8 heures

Trois ans après le drame de Chicago, la IIème Internationale socialiste réunit à Paris son deuxième congrès. Celui-ci se tient au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies parisiennes, pendant l'Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française. Les congressistes se donnent pour objectif la journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé), sachant que jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour (en 1848, en France, un décret réduisant à 10 heures la journée de travail n'a pas résisté plus de quelques mois à la pression patronale).

Le 20 juin 1889, sur une proposition de Raymond Lavigne, ils décident qu'il sera « organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d'appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu'une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l'AFL, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation ».

Le 1er mai 1891 à Fourmies

Dans cette petite ville du nord de la France, la manifestation rituelle tourne au drame. La troupe équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule pacifique des ouvriers. Elle fait dix morts dont 8 de moins de 21 ans. L'une des victimes, l'ouvrière Marie Blondeau, habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, devient le symbole de cette journée.

Avec le drame de Fourmies, le 1er mai s'enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens. Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l'Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai.

L'horizon paraît s'éclaircir après la Première Guerre mondiale. Le traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919 fixe dans son article 247 « l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n'a pas encore été obtenue ».

Les manifestations rituelles du 1er mai ne se cantonnent plus dès lors à la revendication de la journée de 8 heures. Elles deviennent l'occasion de revendications plus diverses. La Russie soviétique, sous l'autorité de Lénine, décide en 1920 de faire du 1er mai une journée chômée. Cette initiative est peu à peu imitée par d'autres pays... L'Allemagne nazie va encore plus loin : Hitler, pour se rallier le monde ouvrier, fait dès 1933, du 1er mai une journée chômée et payée.

Du triangle au muguet

En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai ont pris l'habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci symbolise la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs.

Le triangle est quelques années plus tard, remplacé par la fleur d'églantine. En 1907 à Paris, le muguet, symbole du printemps en Île-de-France, remplace cette dernière. Le brin de muguet est porté à la boutonnière avec un ruban rouge.

Le 23 avril 1919, le Sénat français ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée.

Dans l’histoire du 1er Mai, l’année 1936 est certainement une des plus importantes. Plusieurs événements vont la marquer. D’abord dès le mois de mars se tient du 2 au 6 le congrès au cours duquel la CGT se réunifie. Ensuite la manifestation du 1er mai tombe deux jours avant les élections législatives qui vont porter au pouvoir les forces politiques du Front populaire et porter à la tête du gouvernement français le leader socialiste Léon Blum. Enfin, après un mouvement de grève mémorable, sont signés en juin les accords de Matignon qui légalisent la semaine de quarante heures, les congés payés ainsi que les conventions collectives. L’année suivante le 1er Mai 1937 aura lieu sans doute la plus grande manifestation jamais organisée en France.

1941 : la fête du Travail

C'est pendant l'occupation allemande, le 24 avril 1941, que le 1er mai est officiellement désigné comme la fête du Travail et de la Concorde sociale et devient chômé. Cette mesure est destinée à rallier les ouvriers au régime de Vichy. Son initiative revient à René Belin. Il s'agit d'un ancien dirigeant de l'aile socialiste de la CGT (Confédération Générale du Travail) qui est devenu secrétaire d'État au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain.

À cette occasion, la radio officielle ne manque pas de préciser que le 1er mai coïncide avec la fête du saint patron du Maréchal, Saint Philippe (aujourd'hui, ce dernier est fêté le 3 mai) !

1947 : journée chômée

En avril 1947, sur proposition du député socialiste Daniel Mayer et avec l’accord du ministre du Travail, le communiste Ambroise Croizat, le 1er mai devient dans toutes les entreprises publiques et privées un jour « chômé et payé ». Autrement dit, le 1er mai n'est toujours pas désigné officiellement comme fête du Travail. Cette appellation n'est que coutumière....

1954 : les manifestations sont interdites

Alors que la guerre d’Indochine se termine pour les autorités françaises avec la partition du Vietnam, une autre guerre, une guerre sans nom commence en Algérie. Elle va durer huit ans. Dès lors les manifestations seront interdites dans Paris. Celle du 1er mai 1954 se transformera en un rassemblement sur la pelouse de Reuilly.

De 1968 à nos jours

Il faudra attendre quinze années c’est-à-dire 1968 pour qu’à l’initiative de la CGT, à nouveau, le monde du travail se donne rendez-vous dans les rues de Paris pour défiler un 1er mai. Le cortège partira de la République pour se rendre à la Bastille symbole des libertés recouvrées.

Depuis, les cortèges du 1er mai ont connu des fortunes diverses. La manifestation des plus importantes de l’après mai 1968 fut probablement celle de 1975, qui fut prétexte à fêter la fin de la guerre du Vietnam, et celle de 2002, pour lutter contre les idées racistes et les propositions antisociales du Front National présent au second tour de l’élection.

 CGT énergies